• Jours d'ouverture :
    Lundi : 14h - 18h.
    Du mercredi au dimanche : 10h - 18h.
    Place de la République 59000 Lille
  • Tél : 33 (0)3 20 06 78 00
La façade du musée La Place de la République Autre vue de la façade

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Les collections du Palais des Beaux-Arts de Lille trouvent leur origine dans les prodigieuses richesses des églises et des couvents de la ville, au XVIe et XVIIe siècle ; ainsi la série des vingt-trois tableaux provenant du Couvent des Récollets, parmi laquelle figure l’une des pièces majeures du musée, La Descente de Croix de Pierre Paul Rubens.

Le musée des Beaux-Arts de Lille est né en 1792, sous l’impulsion du peintre Louis Watteau. Les collections étaient, au départ, constituées des œuvres auparavant présentées à l’Académie des Arts.
Mais il faut attendre le 1er septembre 1801 et l’arrêté Chaptal, pour que l’initiative lilloise soit confortée par un cadre juridique officiel, puisque ce texte attribue à quinze villes de province des œuvres prélevées sur les collections du Louvre et de Versailles. Les tableaux alors envoyés par l’Etat sont issus des collections royales, des églises de Paris et aussi des biens confisqués par l’armée aux émigrés, c’est ce que l’on appelle communément les saisies révolutionnaires. Par ce biais arrivent dans les collections de Lille 46 œuvres de qualité parmi lesquelles Sainte Madeleine en extase (P.P. Rubens) ou encore La Nativité, de Philippe de Champaigne. L’inauguration ne se fait pourtant qu’en 1809, dans un local de l’ancienne église du Couvent des Récollets, située à l’actuel emplacement du collège Carnot (ancien Lycée Faidherbe), Boulevard Carnot.

L’accroissement des collections est cependant freiné par la vente, en 1813, de 354 tableaux qui se trouvaient alors encore au Couvent des Récollets. En 1824 est créé le Musée d’Archéologie et de Numismatique, qui regroupe la sculpture médiévale, les objets d’art, et la céramique, , qui formera une section indépendante en 1869. Ce musée est installé dans les salles du Palais Rihour. La collection de numismatique, du musée de Lille est l’une des plus riches et des plus prestigieuses de France. Ce musée protéiforme devait recevoir en 1852 l’importante collection d’ethnographie africaine et orientale d’Alphonse Moillet, aujourd’hui conservée au Musée d’Histoire Naturelle de Lille.

Les années 1840 sont déterminantes puisqu’elles voient l’arrivée d’un des conservateurs les plus marquants de l’histoire du musée : Edouard Reynart, grand fédérateur des collections. Il poursuit, de 1841 à 1879, l’œuvre engagée par le peintre Watteau de Lille. Sa compétence marie allègrement l’organisation scientifique et éducative des collections, les acquisitions de prestige qui vont contribuer à forger l’identité d’un patrimoine, telles la Médée furieuse, d’Eugène Delacroix, qu’il fait acheter par l’Etat, ainsi que les donations comme celle d’Antoine Brasseur dont le rôle sera déterminant. Le musée qu’il dirige est inauguré en 1850 au dernier étage du nouvel Hôtel de Ville, dont le bâtiment était alors accolé à la chapelle du Palais Rihour, où se trouvait aussi le Musée d’Archéologie.

Par l’intermédiaire de l’influente Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille, l’impressionnante collection du Chevalier Wicar (léguée en 1834) ajoute à la fortune du musée ; celle-ci compte plus de mille trois cent dessins (dont une inestimable série de quarante dessins de Raphaël) mais aussi le célèbre Festin d’Hérode de Donatello, qui se trouve être l’une des pièces majeures de son œuvre par l’usage exceptionnel de la perspective. Il lègue également la Tête de Cire (XVIe, XVIIe, XVIIIe siècle ?), cet énigmatique buste de jeune fille qui fut sans doute l’œuvre la plus renommée du musée de Lille au XIXe siècle. En 1866, le "musée Wicar" rejoindra le musée de peintures à l’Hôtel de Ville, sous la direction de Reynart. L’amitié que se doit d’avoir tout conservateur pour les collections dont il est le gardien permet, en 1873, le legs prestigieux de 122 tableaux d’Alexandre Leleux, propriétaire et directeur du journal L’Echo du Nord. Parmi les œuvres remarquables de ce legs figurent un grand nombre de tableaux flamands et hollandais qui contribuent à la renommée du musée de Lille, comme la Jeune femme et sa servante de P. de Hooch ou le Champ de blé de J. van Ruisdael. Entre achats, donations et envois de l’Etat, le nombre d’œuvres passe de 188 en 1841 à 715 en 1875.

Cette politique d’enrichissement des collections est largement soutenue et influencée par un autre donateur non moins important dans l’histoire du musée de Lille : Antoine Brasseur, marchand de tableaux de son état et dont Reynart avait su s’attirer la sympathie.
Certains chefs-d’œuvre comme l’Intérieur de la Nieuwe Kerk de Delft par E. de Witte ou l’Enlèvement d’Europe par J.Jordaens sont acquis à cette période. Le legs de nombreux dessins par Puvis de Chavannes en 1899 complète ce panorama.

Grâce au mécénat, qui témoigne à cette époque d’une incroyable vitalité, le musée s’enrichit régulièrement d’œuvres de qualité et de nouvelles salles sont aménagées pour leur présentation. Cette dynamique permet de faire entrer dans les collections des tableaux considérés, encore aujourd’hui, comme fondamentaux pour le musée de Lille (Portrait de Jean-Baptiste Forest, de N.de Largillière, La Becquée, de Millet) ou encore d’autres œuvres comme l’Encensoir aux hébreux, dit "de Lille" (XIIe siècle) ou le Giganti (dit aussi Tête de brigand) de Camille Claudel.

Cet engouement du mécénat est glorieusement porté par la figure d’Edouard Reynart, qui, outre des acquisitions capitales comme La tentation de Saint Antoine (David II Teniers) en 1861, L’Ascension des élus (Dirk Bouts) en 1863, Cache-cache (J-B Camille Corot), don de l’artiste en 1869) obtient, par ailleurs, le dépôt du célèbre tableau de Courbet L’après-dînée à Ornans. Il aura aussi la géniale intuition d’acheter en 1874 Les Jeunes (ou La Lettre) de Francisco de Goya, offrant, sur ses propres deniers et avec l’aide de deux amis, son célèbre pendant Les Vieilles (ou Le Temps). Le successeur de Reynart, Auguste Herlin, a également contribué à maintenir cette brillante politique d’acquisitions, avec notamment le Torse du Christ (XIIe siècle), le Saint Jérôme de Ribera, et la Tentation de la Madeleine (Jordaens).

La prolifération de ces collections, qui ont régulièrement mobilisé les forces économiques et intellectuelles de la ville, est couronnée par la décision de construire un somptueux Palais des Beaux-Arts. Cette initiative s’inscrit parfaitement dans le schéma d’un urbanisme monumental, symbolisé par le projet des architectes Bérard et Delmas, qui remportent le concours. Malgré une coupe de moitié dans le projet initial, caractérisé par le luxe et l’ampleur de ses proportions, le bâtiment alors érigé dépasse toutes les conventions d’une architecture de pastiche, pour proposer la création d’un imposant vaisseau de lumière. L’inauguration du nouveau musée est célébrée le 6 mars 1892.

Poursuivie au XXe siècle, la politique d’acquisition continue de bénéficier du mécénat, notamment par le biais de la société des Amis des Musées, née après-guerre (1946), et aussi par l’important legs Masson, qui fait entrer de manière magistrale, la peinture impressionniste au musée (Port-Marly, gelée blanche, de Sisley, Le Parlement de Londres, de Monet). Récemment, le groupe Carrefour a permis l’acquisition par l’Etat d’un ensemble exceptionnel de 130 dessins italiens datant de la Renaissance et du premier âge baroque, qui les a ensuite répartis dans plusieurs musées de province dont Lille, qui hérite d’une collection de 26 dessins de l’Ecole Romaine (Taddeo Zuccaro, Federico Barocci…).